Le vent se lève, Hayao Miyazaki (2013)

Lorsque le jeune Jiro regarde le ciel en rêvant de devenir aviateur, rien au Japon ne semble présager le malheur que le pays connaîtra dans les années à venir. Grande Dépression, guerre, catastrophes naturelles, les années 1930 constituent pourtant une funeste période pour le Japon.


C’est dans ce triste contexte que se déroule Le vent se lève, biopic de Miyazaki qui retrace la vie de Jiro Horikoshi, inventeur du Zéro, mythique avion de chasse japonais. A la fois lugubre et onirique, Le vent se lève montre comment Jiro, symbole d’une jeunesse condamnée, s’accroche à un rêve qui lui donne la force de vivre dans un contexte aussi sinistre que l’avant-guerre. En effet, celui qui ne rêvait que de construire de beaux avions, ceux qu’il imaginait dans ses rêves d’enfant, finit par construire malgré lui une arme de guerre, mis au service d’un Etat criminel.






Malgré la guerre et la misère, le film se focalise sur les rêves du personnage


La singularité du film tient aux thèmes qu’il aborde. Non pas qu’ils s’agissent de thèmes originaux, mais c’est leur mise en scène simultanée dans une même œuvre qui perturbe. La liberté absolue propre au cinéma d’animation permet de rapprocher des scènes sinistres qui mettent en lumière tous les troubles des années 1930, et des rêves légers et apaisants qui prennent le pas sur la réalité.


De nombreux plans dans le film montrent les songes de Jiro, dans lesquels le personnage jouit d’une liberté totale. C’est au travers de ces rêve qu’il imagine ses avions, les dessine, avant de les recréer dans la réalité en tant qu’ingénieur. Ainsi, Jiro donne vit à ses rêves. A travers son regard sur le monde, le réel ne semble exister que pour permettre la mise en œuvre du monde des rêves. D’ailleurs, Miyazaki brise volontairement la limite entre ces deux univers. La plupart des bruitages de l’œuvre sont réalisés par des voix humaines, pour brouiller la frontière entre le réel et le rêve. C’est notamment le cas des bruits de pales.

Mais le réel devient à la fois rêve et cauchemar. A plusieurs reprises des bombardiers viennent envahir les rêves de Jiro, symbolisant l’irruption de la guerre dans le quotidien des jeunes japonais, nombreux à avoir dû s’engager et se sacrifier pour une guerre absurde. La multiplication des éléments relatifs à la guerre est annonciatrice des malheurs à venir.





Un regard poétique sur le monde


Plusieurs scènes font irruption dans le film, comme pour nous ramener à la réalité brutale de l’époque. Elles viennent renforcer le contraste entre l’apaisement apparent de Jiro qui semble vivre dans une sorte de bulle onirique, et la dureté du quotidien au Japon. Les musiques enfantines composées par Joe Hisaishi couplées aux scènes de promenades dans la nature nous montrent un Japon paisible et renforcent cette tension entre le regard naïf d’enfant de Jiro et le contexte.


En réalité, le Japon est un pays pauvre et miséreux qui s’apprête à s’allier avec l’Allemagne nazie. Malgré cela, le futur ingénieur semble garder son regard d’enfant, dénué de tout pragmatisme. Quand le collègue de Jiro souligne le retard du Japon par rapport au reste du monde et se plaint du fait que les avions doivent être tirés par des bœufs pour être déplacés, Jiro lui répond simplement qu’il aime observer ces bêtes, il porte son attention sur ce qui le rend heureux. L’œuvre tout entière est projetée à travers le filtre des yeux de Jiro, qui ne semble voir que la beauté du monde. La misère n’est alors visible qu’en demi-teinte, cachée derrière le voile du regard d'un Jiro rêveur qui a gardé son âme d’enfant.


Ainsi, tout au long de l’histoire, Jiro fait preuve d’une naïveté particulièrement touchante, qui traduit sa volonté de profiter de chaque instant, sa tentative de vivre pleinement. Malgré la présence d’un vent destructeur qui se matérialise de différentes manières tout au long du film, Jiro prend soin de l’élan qui le pousse à créer, avancer, vivre. Ce vers de Paul Valéry prend alors tout son sens et revient comme un leitmotiv, véritable fil conducteur de l’existence du personnage : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ».






Vous l’aurez compris, Le vent se lève compte pour moi parmi les meilleurs films du studio Ghibli. Ce long-métrage est emprunt de poésie et parvient à nous plonger dans l’univers de Miyazaki bien qu’il adopte un style semi-réaliste inédit.

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