L'Île aux chiens, une poésie de la violence

Film d’animation, symétrie et politique ? Aujourd’hui je vous présente L’Île aux chiens de Wes Anderson. Sorti en 2018, il représente à mes yeux le film le plus politique du réalisateur.


Le film situe l’action dans un Japon futuriste/ rétro-futuriste, dans lequel le pouvoir décide de mettre tous les chiens, alors atteints d’une maladie, en quarantaine sur une île-poubelle. La pupille du maire, un jeune garçon japonais nommé Atari, décide alors de s’y rendre pour retrouver son chien. Il est accompagné dans sa quête par 5 chiens errants.



· La multiplicité des langues comme élément d’identification


Pour passer son propos, et appuyer l’inhumanité de la plupart des personnages humains, Anderson utilise un procédé très intéressant : il mélange les langues.


En effet, là où les chiens parlent français (l’anglais en VO), les personnages humains parlent le japonais, non sous-titré. Ainsi, à part pour les quelques initiés, nous les comprenons uniquement par le langage du corps, leur intonation, ou lorsqu’un interprète est présent dans la scène. De cette façon, le spectateur est directement amené à s’identifier aux animaux : ce sont ceux dont on comprend le passé, le présent, les motivations, ils sont les héros face aux antagonistes humains dont les enjeux restent obscurs.


Alors qu’Anderson utilise ce procédé comme une manière de distancer l’homme et l’animal, il sert dans le même temps à créer une véritable poésie dans le fait de se comprendre sans le langage, puisque Atari, le protagoniste principal, est compris par ses compagnons canins. Au-delà des mots, ce qui importe sont les actes.





· Une esthétique de la violence


On retrouve dans le film la poésie qui caractérise le cinéma de Wes Anderson à travers certaines scènes mises en forme de haïkus, des tranches de bravoure. Toutefois l’utilisation de l’animation n’est pas là pour adoucir le propos, le film s’adresse à un public adulte, il est violent, autant dans son propos que dans son esthétique : l’île est une jungle d’animaux brutaux et décharnés, elle s’assimile davantage à un cimetière qu’à un lieu de vie.


Cette fois-ci, l’esthétique très carrée et symétrique de Wes Anderson renforce le propos totalitaire. Il s’éloigne donc tout de même de la poésie et la douceur qui le caractérise pour produire un film qui dénonce : l’île désigne les zones excentrées où s’entassent les populations « indésirables », qui sont pourtant, comme il le montre par l’utilisation du même langage que le spectateur, bien plus humaines que les dirigeants preneurs de ces décisions.




L’Île aux chiens est un film fort, que je vous conseille donc de voir. Si vous êtes un.e fan du réalisateur, on retrouve évidemment sa pâte, bien qu’il inscrive dans le même temps son propos dans un univers nouveau avec ses règles propres.

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